Simplifier l'islam pour les francophones
23 Décembre 2012
Je travaille dans le champ du dialogue interreligieux depuis presque dix ans. Le dialogue et l’interconnaissance sont pour moi une valeur et un principe, et non pas une tactique. Je me considère comme ouvert et respectueux à l’égard de l’autre qui ne partage pas ma foi. J’ai même de l’affection et une grande fraternité avec des non-musulmans que j’ai connus. J’ai pu apprécier certaines de leurs qualités humaines à travers ce chemin de dialogue. Je me sens parfois très proche d’eux dans ma manière de réfléchir et d’agir.
Je ne fais pas partie de ceux qui savent manipuler les termes savants et les concepts complexes. Certains trouveront mes propos simples, voire même simplistes. Cependant je fais partie de ceux qui vivent le dialogue au quotidien et travaillent sur le terrain pour l’entente entre les gens et un meilleur vivre ensemble.
Je sais que la vérité est chez Dieu, Il est le seul à la détenir dans sa totalité. Je ne détiens pas les clés du Salut ni ceux du Paradis. Je demande au Seigneur de l’Univers, au moins dix-sept fois par jour, chaque fois que je lis la Fatiha, de me guider vers le droit chemin et de m’éviter l’égarement et l’insatisfaction divine.
En même temps, je me considère complètement et profondément musulman. Je suis un musulman convaincu, fier, mais jamais orgueilleux. Mon action trouve son origine dans l’amour et la bonté envers l’autre, et non pas dans l’arrogance ni le mépris de l’autre.
Je n’ai pas l’ombre d’un doute concernant les piliers de ma foi et je base ma croyance sur la certitude. J’ai un profond respect pour l’altérité mais ce respect ne peut exiger de moi de faire des concessions sur mes certitudes.
Pour moi, dire que la vérité sur Dieu est inaccessible à certains, c’est remettre en cause la justice divine. Or, la justice de Dieu est absolue. La foi reste donc pour chaque individu un choix qui fait partie du domaine du libre arbitre.
Dieu nous a tous doté des moyens pour le retrouver. Certes, je suis né musulman, mais je le deviens lors de chaque réveil, de chaque prière, de chaque bienfait que je reçois, et de chaque épreuve par laquelle je passe.
J’ai déjà entendu un ami chrétien me dire la même chose avec ses propres mots.
Je considère l’islam comme ma foi, ma voie et mon salut, comme un chrétien considère légitimement le Christ comme le chemin, la vérité et la vie. Je m’inscris dans la continuité du message divin et dans le chemin de la Vérité tracé par Noé, Abhaham, Moïse, Jésus et Mohammed.
Parmi les raisons qui poussent beaucoup de musulmans à tourner le dos au dialogue et au contact avec l’autre tient au fait que l’autre exige d’eux, implicitement, de renoncer à cette conviction et à remettre en question leurs certitudes.
Je crois aussi que beaucoup de chrétiens sont contre le dialogue pour les mêmes raisons.
C’est comme si l’ouverture et le respect ne pouvaient être complets qu’en arrivant vers l’autre après avoir laissé de côté une partie de sa foi ! Je ressens de plus en plus une pression subtile qui me suggère de faire des concessions pour être accepté dans le cercle de ceux qu’on aime bien entendre parler. L’idée inadmissible - et qui fait peur à beaucoup de musulmans et à beaucoup de chrétiens - est celle qui consiste à dire, à force de dialoguer de cette manière, que « toutes les religions se valent », que « toutes les religions sont des chemins qui mènent vers le même sommet ». J’entends de plus en plus ce genre de formules.
Les ambigüités et le laxisme de certains poussent les autres vers l’extrémisme et le refus de l’autre. A force d’agir de la sorte, les personnes crédibles et aptes à dialoguer et à construire laisseront leur place aux personnes qui viennent juste pour dire les théories que l’autre veut entendre, sans que rien ne se passe sur le terrain.
Le musulman n’a pas eu besoin d’un Vatican II pour reconnaître l’origine divine de la religion chrétienne, ni respecter ses adeptes, malgré une conception radicalement différente concernant la personne de Jésus. Le Coran valorise les qualités de l’engagement et de la modestie des moines et des prêtres.
Je crois que le dialogue ne peut être utile et constructif que quand chacun vient avec sa propre vérité pour trouver, avec l’autre, en dépit des divergences, les points de convergence qui permettront de développer une vie commune amicale et fraternelle.
J'ai de l'espoir et je reste convaincu que le dialogue et l'inter-connaissance restent toujours les seules réponses au conflit et à l'indifférence.
Fraternellement,