Simplifier l'islam pour les francophones
3 Septembre 2010
Il se trouve que dans le monde d’aujourd’hui ceux qui subissent les injustices les plus évidentes à cause de leur faiblesse et leur division sont bien les musulmans.
Le musulman fait partie de la Oumma de l’islam, cela nécessite de lui, là où il se trouve, de s’intéresser aux problèmes de ses frères musulmans dans le monde et de les défendre si leur cause est juste.
Le Prophète (r) ordonne à ses compagnons « Soutiens ton frère qu’il soit juste oui injuste » Les compagnons étonnés répliquent « Nous le soutenons quand il est juste mais comment le soutenir quand il est injuste ? ! » « Le soutenir, dans ce cas, c’est de l’empêcher d’être injuste » explique le Prophète (r) dans ce Hadith authentique.
Cependant, même si la situation des musulmans dans le monde reste un souci pour chaque musulman, nous devons nous intéresser prioritairement à l’islam et aux musulmans de ce pays, car c’est le devoir que personne ne fera à notre place.
Nous constatons une énorme perte de temps et d’effort par certains de nos frères et sœurs qui passent une bonne partie de leur temps et de leur énergie de parler et de se lamenter sur ce qui se passent dans nos pays d’origines ou dans le monde musulman sans pour autant faire grand chose. Si ce temps et ces efforts étaient dépensés pour l’action et pour l’amélioration de la situation dans ce pays ils auraient eu un effet très bénéfique.
Le musulman doit être un élément positif dans son environnement, il doit agir pour atteindre les objectifs suivants :
1. Pratiquer sa religion et la préserver pour pouvoir la transmettre aux futures générations ;
2. Donner le vrai et le bon visage de l’islam ;
3. Répandre et partager les valeurs de l’islam.
Le verset suivant résume ces trois objectifs : « 33. Et qui profère plus belles paroles que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et dit : “Je suis du nombre des Musulmans ? ” » Sourate 41 : FUSSILAT (LES VERSETS DETAILLÉS).
Pour pouvoir vivre et bien agir, la position du musulman vis à vis de cette société et de ceux qui la composent doit être claire et compatible avec sa religion.
Est il envisageable de rentrer en dialogue avec une personne pour lui expliquer les principes de l’islam alors que pour certains saluer cette personne ou répondre à son salut est considéré comme péché ?
Comment peut on vivre avec cette double personnalité, l’une théorique qui croit que détester les non musulmans et les avoir comme ennemis fait partie de la foi et l’autre qui au quotidien entretien une relation normal voir, par fois, amicale avec ces mêmes personnes.
Ce cours donne des éléments de réponse à la question : « quel rapport dois-je avoir avec toutes les composantes de la société dans laquelle je vie, une société qui n’a pas forcément la même religion ni les mêmes valeurs que moi ? ».
Le musulman croit que l’islam est la religion de vérité que Dieu a choisie pour l’humanité. Elle est la religion que doit suivre chaque être humain pour avoir le salut dans cette vie et dans l’au-delà. Dieu n’accepte pas une autre religion.
Il croit aussi que ceux qui ont cru en Dieu et en son prophète Mohamed (r) et ont fait le bien méritent le paradis par la miséricorde de Dieu. D’après Abou Houraira le Messager (r) dit : « Par celui qui détient mon âme dans sa main, aucun juif ou chrétien entend parlé de moi et meure non croyant en mon message sans qu’il ne soit parmi les gens de l’enfer » Rapporté par Mouslim
Il croit que ceux à qui le message de l’islam est parvenu d’une manière claire et s’e détourent méritent l’enfer par la justice de Dieu.
Il croit que personne ne subira d’injustice car Dieu et le Juste par excellence, le clément et le miséricordieux.
Cette croyance n’empêche pas le musulman de respecter les autres croyances et de voir à travers ces divergences entre les humains la sagesse et la volonté de Dieu. Contrairement aux anges, Dieu a créé les êtres humains pour les éprouver en leur donnant le libre arbitre.
· « [117] Ton Seigneur, en effet, ne saurait anéantir injustement les cités dont les habitants sont vertueux. [118] Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il n’aurait fait des hommes qu’une seule communauté. Or, ils ne cessent de se dresser les uns contre les autres, [119] à l’exception de ceux auxquels ton Seigneur a accordé Sa miséricorde. Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés. Ainsi se trouve accomplie cette parole de ton Seigneur quand Il a dit : « En vérité, Je remplirai la Géhenne à la fois de djinns et d’hommes, tous réunis ! » 11. Sourate de Hûd (Hûd)
· « [17] Certes, ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaïsme ainsi que les sabéens, les chrétiens, les zoroastriens et les polythéistes, Dieu les départagera le Jour de la Résurrection, car Il est Témoin de toute chose. » 22. Sourate du Pèlerinage (Al- Hajj)
· Il y a une règle très importante dans notre relation avec les non musulmans. Cette règle est donnée dans le verset suivant : « 113. Mais ils ne sont pas tous pareils. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets d'Allah en se prosternant. 114. Ils croient en Allah et au Jour dernier, ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux bonnes œuvres. Ceux-là sont parmi les gens de bien. » Sourate 3 : AL-IMRAN (LA FAMILLE D'IMRAN).
· Certains comprennent mal une parole qui dit « La mécréance « le Koufr » est une seule religion »
· « 82. … tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C'est qu'il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu'ils ne s'enflent pas d'orgueil. » Sourate 5 : AL-MA-IDAH (LA TABLE SERVIE).
· « [75] Parmi les gens des Écritures, il en est à qui tu peux confier un quintal d’or et qui se ferait un devoir de te le restituer ; il en est d’autres, en revanche, à qui tu ne confierais même pas un denier, car, pour le récupérer, il te faudrait les harceler sans répit. Ces gens-là agissent ainsi parce qu’ils disent : « Nous n’avons aucun scrupule à avoir à l’égard de ces gentils », prêtant ainsi sciemment à Dieu leurs propres mensonges. » 03. Sourate de la Famille d’Imran (Âl-‘Imrân)
· La défaite de l'empire byzantin par les Perses a été très approuvée par les païens de la Mecque qui se sont moqués des musulmans : « [1] Alif - Lâm - Mîm. [2] Les Byzantins ont été vaincus, [3] dans la contrée voisine, et après leur défaite, ils seront les vainqueurs, [4] dans quelques années. La décision finale, aussi bien avant qu’après, appartient à Dieu, et ce jour-là les croyants se réjouiront [5] du secours de Dieu, qui accorde la victoire à qui Il veut, car Il est le Tout-Puissant, le Tout-Compatissant. [6] C’est là une promesse de Dieu, et Dieu ne faillit jamais à Sa promesse, bien que la plupart des hommes ne le sachent point, [7] car ils ne s’intéressent qu’aux apparences futiles de la vie » 30. Sourate des Byzantins (Ar-Rûm)
Certains musulmans croient que la fraternité entre musulmans efface toute autre forme de fraternité et tout lien avec les autres humains.
Allah s’adresse à nous dans le Coran par la formule : « Ô gens » « Ô humains » le mot hommes est dit 200 fois dans le Coran.
Lors de son sermon d’adieu, que le Prophète fit quelques mois avant sa mort, il déclara solennellement devant plus de 100 000 pèlerins : « Ô peuple ! En vérité, votre Seigneur est Un, et votre ancêtre est un : vous descendez tous d’Adam et Adam a été crée de terre. Le plus digne d’entre vous auprès de Dieu est celui qui Le craint le plus. Aucun Arabe n’a de supériorité sur un non-Arabe ni un blanc n’a de supériorité sur un noir : vous ne vous surpassez que par la piété. » Hadith
Allah (Y) dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d'une femelle » (Al-Hujurat 13).
D’autres types de liens peuvent exister entre les humains :
Le verset dans lequel Allah nous dit que « [10] Les croyants ne sont-ils pas des frères ? Réconciliez donc vos frères et craignez Dieu, afin de mériter Sa miséricorde. » 49. Sourate des Appartements (Al-Hujurât) n’exprime pas une fraternité exclusive mais une fraternité religieuse et une fraternité en Dieu.
Exprimer la fraternité par les relations humaines : On doit mettre en avant la vocation universelle de l’islam. Il faut prôner la fraternité dans sa dimension humaine, mettant l’accent sur les liens profonds d’égalité et de fraternité unissant tous les êtres humains.
Un poète musulman dit : « Dès lors que mon origine est de terre, alors toute la terre est mon pays et tous les hommes mes proches ! ».
Il est donc louable de qualifier de fraternelles les relations entre les Musulmans et leurs concitoyens non-musulmans. Il s’agit là d’une fraternité fondée sur l’appartenance à la même nation, la fraternité religieuse n’étant pas la seule source de fraternité, même si elle est sans doute la plus solide.
Regardez comment le Coran affirme ce lien de fraternité entre les prophètes et leurs peuples non croyants : « Lorsque Noé, leur frère, leur dit : "Ne craindrez-vous pas [Allah]? Je suis pour vous un messager digne de confiance. » (Ashuarâa : 105-107). Hud, Salih et de Lot, Chuaïb.
Je ne vous demande pas d’être des hypocrites ou d’avoir un double discours, je vous demande d’adapter votre discours pour toujours au contexte dans lequel nous vivons.
Le discours courtois et les propos bienséants ne sont pas des concessions. Nous savons tous qu’Allah a choisi l’islam pour l’humanité et qu’Allah n’agrée pas une autre religion.
Cheikh Qaradawi dit « Il est donc louable de qualifier de fraternelles les relations entre les Musulmans et leurs concitoyens non-musulmans. Il s’agit là d’une fraternité fondée sur l’appartenance à la même nation, la fraternité religieuse n’étant pas la seule source de fraternité, même si elle est sans doute la plus solide. »
Pour s’adresser aux gens qui n’ont pas la foi, le Coran opte pour les formules suivantes : "Ô gens», "Enfants d’Adam", "Ô mes adorateurs", "Ô gens du Livre".
Ainsi, dans le Coran il n’existe que deux occurrences où le terme "mécréant" est cité. Dans l’une, Dieu s’adresse aux non-croyants le Jour du Grand Jugement en disant : « 7. ô vous qui avez mécru ! Ne vous excusez pas aujourd'hui Vous ne serez rétribués que selon ce que vous œuvriez." (Al Tahrim : 7). Dans l’autre, Dieu dit : « Dis: Ô dénégateurs, je n’adorerai pas ce que vous adorez, non plus que vous n’êtes adorateurs de ce que j’adore, ni moi adorateur de ce que vous aurez adoré, ni vous adorateurs de ce que j’adore. A vous votre religion, la mienne à moi ». (Al Kafirun : 1-6). Ce fut un discours adressé aux associateurs païens qui ont invité le prophète à adorer leurs divinités pendant un an et qu’en retour, ils adorent son Dieu pendant un an.
Le musulman ne fait aucune concession sur sa religion s’il utilisait le terme "Non-musulmans" au lieu d’utiliser les termes "mécréants" ou « infidèles ».
Cela ne revient en aucun cas de dire que les non musulmans ou les non croyants sont sur une bonne voie.
Même en langue arabe le terme arabe KAFIR vient de la racine KAFARA qui signifie « occulter » et « cacher ». Ceci exprime une réalité qui consiste à dire que la croyance est à l’intérieur de nous mais certains ne font que l’occulter en niant Dieu ou on niant le message de l’islam.
Ni le Coran, ni la tradition du prophète, prière et salut soient sur lui, ni les paroles de ses compagnons ne donnent raison aux invocations incendiaires et provocatrices. Ainsi, parmi les invocations citées dans le Coran, on trouve : « Seigneur ! Déverse sur nous l’endurance, affermis nos pas et donne-nous la victoire sur ce peuple infidèle ». Et aussi, « Ô notre Seigneur, ne fais pas de nous une cible pour les persécutions des injustes. Et délivre-nous, par Ta miséricorde, des gens mécréants. » (Yûnus : 85-86)
L’une des invocations du prophète est de dire : « Ô Dieu qui fît descendre le Livre, Créateur des nuages et vainqueur des coalisés, aide-nous à triompher sur eux »(10) ou encore « Préserve-nous Ô Dieu de leur mal »(11). Dieu dit : « Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n'aime pas les transgresseurs » (Al-Aaraf : 55)
Il est à relever, dans ce même sens, que parmi les prédicateurs, d’aucuns font des invocations pour « l’anéantissement total des mécréants ». Ils disent : « Puisse Dieu en réduire le nombre jusqu’à leur disparition totale ». Or, cette dernière invocation a été proférée par un compagnon du prophète contre des païens qui l’ont torturé à mort, tué et crucifié des membres de sa famille. Il s’agit donc d’une invocation survenue dans des conditions spécifiques, à laquelle ces prédicateurs ont conféré malheureusement un caractère général. Or, généraliser le particulier est une erreur et une déviation.
Notre relation avec les non musulmans peut se répartir sur plusieurs niveaux : la miséricorde, la justice, l’entre connaissance, le vivre ensemble, l’entraide et l’affection.
Dans ce qui suit nous détaillerons chaque niveau et donnerons les positions des savants anciens et contemporains et les textes argumentant leurs avis.
Le musulman est par nature miséricordieux, il veut le bien pour tout le monde.
Le Prophète (r) s’adressant à ses compagnons dit un jour : « Vous ne serez pas croyants si vous n’êtes pas miséricordieux ! » « Nous sommes tous miséricordieux ô messager de Dieu » répliquent les compagnons présents. « Il ne s’agit pas de la miséricorde que l’un de vous à envers son prochain mais il s’agit d’une miséricorde générale » Hadith.
Le Prophète (r) dit encore « soyez miséricordieux envers ceux qui sont sur terre, Celui qui est dans le ciel sera miséricordieux envers vous » Hadith
La miséricorde du musulman est donc globale et englobe tous les humains et même les animaux et toute la création de Dieu.
L’islam respecte l’Homme entant qu’Homme et sans faire attention à sa race, sa religion ou à sa noblesse. L’Homme a été honoré par Dieu, il a créé avec ses Mains et Lui a insufflé de son Esprit : « [71] Lorsque ton Seigneur dit aux anges : « Je vais créer un être humain à partir de l’argile. [72] Une fois que Je lui aurai donné sa forme définitive et l’aurai animé de Mon souffle, vous vous prosternerez devant lui. » [73] Tous les anges, sans exception, se prosternèrent, [74] seul Satan refusa par orgueil d’obéir, se rangeant ainsi du côté des rebelles. [75] « Ô Satan, dit le Seigneur, qui t’a empêché de te prosterner devant l’être que J’ai créé de Mes mains ? Est-ce par orgueil ou te considères-tu supérieur à lui ? » [76] – « Je suis, répondit Satan, meilleur que lui, car Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé d’argile. » 38. Sourate Sâd (Sâd)
Même envers les non croyants de la Mecque Allah demande aux musulmans de s’armer de la justice : « Que l’aversion que vous ressentez pour ceux qui vous ont empêchés naguère de vous approcher de la Mosquée sacrée ne vous pousse pas à commettre des agressions ! Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété et non dans le péché et l’agression ! Craignez Dieu, car Dieu est Redoutable quand Il sévit. [3] » 05. Sourate de la Table (Al-Mâ’ida)
Respecter ses engagements envers un non musulman est une obligation religieuse le compagnon Houthifah bin al-Yaman (t) a dit : « Ce qui m’a empêché de participer à la bataille de Badr est que les mécréants de Qouraish nous attrapèrent, mon père Abi Housail et moi, alors que nous nous dirigions vers Médine. Ils nous demandèrent : « Vous alliez rejoindre Mohammed ? » et nous répondîmes : « Non, il ne nous intéresse pas. Tout ce que nous voulons, c’est aller à Médine. ». Ils nous demandèrent alors de jurer par Allah que nous n’avions aucune intention de joindre les rangs de l’armée de Mohammed et de combattre à ses côtés. Lorsque nous arrivâmes là où se trouvait Mohammed, nous lui racontâmes ce qui nous était arrivé. Il nous dit : « Restez à l’écart de nous. Nous respecterons la promesse que vous avez faite et demanderons à Allah de nous aider contre eux. » (Rapporté par Muslim)